Le podcast ou la révolution pour les nuls

“Quel malaise.”

C’est la phrase que je me suis répétée à moi-même pendant les journées professionnelles du Paris Podcast Festival.

À vrai dire, je m’y attendais. Je savais. Quelques heures après mon arrivée dans les locaux de la Gaîté Lyrique, j’écrivais à mon amie :

Capture d’écran de téléphone avec deux messages à la suite :
“C’est exactement la population que j’imaginais. Purée quelle angoisse.”

Le visage de l’entre-soi

Je suis une femme, non-blanche, qui habite dans une zone périurbaine.

Je suis obligée de le répéter comme un mantra, parce que partout où je vais, le monde me crie : il n’y a pas la place pour toi. Et ce festival était à l’image du monde… du podcast : le visage de  l’entre-soi. Celui de la start-up nation, des studios parisiens et de leurs sponsors. Comment vous dire que je n’ai pas mis les pieds au “déjeuner pro” organisé le jour même. Toutes les personnes non-blanches issues de milieu populaire qui me liront le savent. On se sait.

Heureusement, le travail des indépendant·es a été récompensé par les prix, notamment grâce au soutien massif du public. Parce que le visage du podcast, de ses créateurices, et de ses auditeurices est bien différent du microcosme qui détient les moyens de production. Malgré le fait que la dernière étude du CSA ne mesure que la part de cadres de classe sociale supérieure dans les auditeurices, nous savons que notre public est plus large. Et que s’il ne l’est pas encore, nous irons le chercher – en sortant de Paris.

J’ai parlé des journées pro, pour être très précise, la majorité des personnes présentes lors de ces journées étaient  issue du milieu journalistique, culturel et radiophonique parisien. Toutes les tables rondes étaient menées par les patrons des studios et les publicitaires.

La vitrine du podcast

Pour rendre justice au festival, les intervenant·es avaient l’air plus divers dans la partie programme du week-end ouvert au public. Peut-être parce qu’ il s’agissait des podcasters, des indépendant·es et des militant·es intervenant dans les émissions. Celleux qui sont la vitrine du podcast, celleux qui sont à l’origine du succès de ce média.

Encore une preuve, s’il en fallait une, que les voix du podcasts sont diverses, contrairement à celleux qui détiennent  les parts de marché. Les bénévoles et staff du festival  étaient aussi beaucoup plus coloré. Que faut-il en conclure ? C’est encore aux places non rémunérées et avec le moindre pouvoir que nous sommes reléguées. 

La révolution pour les nuls

“La révolution du podcast » titrait un article de Télérama en septembre 2021. Si les producteurs du podcast ont tendu leur micro aux paroles révolutionnaires, s’achetant une image de bon allié “donnant la parole aux concernés”… Si les studios ont profité des pensées des personnes minorisées, augmentant leur capital sympathie tout autant que leur capital financier…  Ils n’ont pas tendu les liasses de billets qu’ils ont récoltés.

Est-ce une surprise ? Non. C’est un constat perpétuel. 

Nous ne nous feront plus avoir.

Quant au fait que les patrons de studio s’érigent en précurseurs d’un monde tout nouveau, qui justifierait leurs manquements (parfois légaux)… cela  m’a conforté dans l’idée que nous devons en priorité tisser des liens avec le milieu de la radio, celui des radio associatives et des coopératives du son. Mais surtout,  et avant tout, nous devons renforcer notre lien entre indépendant·es : travailler pour nous, s’organiser collectivement, se syndiquer, redistribuer les richesses –  c’est de là que viendra notre salut.