Pourquoi j’ai décidé de ne plus annoncer les dates de sortie des épisodes de mon podcast

Le jour de la publication du premier épisode de La Couleur de l’Art, j’étais en retard.

J’avais annoncé publiquement une date de sortie, et je ne l’ai pas tenue. Hugo Uberti, mon très cher créateur sonore, a sacrifié quelques heures de sommeil pour pouvoir le rendre le lendemain. J’ai veillé jusqu’à tard au cas où il aurait besoin de moi. 

La production de podcast demande du temps

Il y a les recherches sur le sujet, l’écriture du script et l’écriture sonore. La prise de rendez-vous avec les invité·es, l’enregistrement, le montage, le mixage. Et tout un tas de trucs techniques dont seul Hugo a le secret.

Puis il y a la communication. La création de visuels, de vidéos, les sous-titres, la transcription, l’écriture de publications, le suivi des commentaires. Tout cela prend du temps. J’ai dit que j’étais en retard. Mais qui en avait décidé ainsi ?

L’avance, le retard ou le bon moment

Lors de mon premier entretien en face à face avec un invité, j’avais une semaine d’avance. Je crois que mon cerveau n’arrive pas à assimiler le temps linéaire. Il avance ce qui me semble être important sur la ligne du temps. Et il me fait oublier la date butoir de ce qui ne l’est pas. Non pas en fonction de la nécessité de la tâche. Mais de façon totalement subjective.

J’ai dit que j’étais en avance pour ce rendez-vous. Mais si en fait, j’étais arrivée au bon moment ?

Car mon invité a accepté de me recevoir : il était libre. Par la suite, j’ai dû refaire cet entretien. À cause d’un problème technique, mais aussi parce qu’entre-temps, mon invité avait évolué dans sa façon de voir les choses. Il avait envie de dire plus, et autrement. Si nous n’avions pas fait ce premier entretien, avec une semaine d’avance, en aurait-il été ainsi ?

Le temps nous appartient

Le capitalisme nous apprend que le temps, c’est de l’argent. Et qu’il ne nous appartient pas.

Je crois personnellement que le temps a sa propre valeur. Je n’ai pas envie de faire la course à la production. Je n’ai pas envie de (me) donner des deadline. Parce que je n’ai pas envie de mourir sur la ligne d’arrivée. Je crois que j’arriverais à gagner de l’argent en m’inscrivant sur le long terme. En travaillant au rythme dont mon équipe et moi-même avons besoin pour rendre un objet culturel de qualité.

Le podcast est actuellement scindé en deux mondes : le monde des indépendant·es, ceux qui font tout, tout seul, en plus de leur boulot alimentaire. Et le monde du podcast industriel, avec des ingés sons, des community manager et des calendriers de production.

Avec La Clameur Podcast Social Club, j’ai de la chance de pouvoir m’appuyer sur le collectif. Ce n’est pas pour reproduire un système qui nous pèse déjà au quotidien.

L’Être humain au centre de la temporalité

Mettre l’humain au centre de l’équation demande de prendre en compte la temporalité de chacun·e.

Avant hier, j’étais en plein syndrome prémenstruel. Aujourd’hui, Hugo devait emmener son enfant chez le docteur. Demain Pauline aura oublié qu’elle avait un autre rendez-vous professionnel ce jour-là. Sommes nous en retard ? C’est nous qui décidons.

Je n’annoncerai pas de dates de sortie pour les épisodes. Parce que sous l’ère du capitalisme, nous ne disposons pas de notre temps. Alors je veux au moins prendre celui-là. Reprendre le pouvoir sur mon temps. Le pouvoir de bien faire les choses.